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Lili Leignel : "Témoigner car la paix est indispensable"

A 48 ans comme elle aime à le dire (comprenez 84 ans bien sûr) Lili Leignel a témoigné durant près de deux heures debout, avec une diction, un vocabulaire, une posture et une pointe de coquetterie irréprochable.

"Je témoigne longuement mais je reste toujours debout, c’est une forme de résistance." Devant près de 200 élèves de 3ème, 1ère ST2S et STMG, 2nde B et 1ère ESb, Lili Leignel commence à témoigner. Le silence se fait. Et Lili poursuit son récit : née à Croix, elle a onze ans en 1943 et porte l’étoile jaune. Le curé de la paroisse avait proposé à ses parents de cacher leurs trois enfants dans sa propre famille. C’est ce qu’ils firent.

Pensant qu’il n’y avait plus de risques, les enfants rentrent à Roubaix, là où réside leurs parents. Suite peut-être à une dénonciation, Lili et toute sa famille est arrêtée le 27 octobre 1943, le jour de l'anniversaire de sa mère, "une date que je n'oublierai jamais." 

Après la prison puis le camp de Malines en Belgique, Lili est envoyée à Ravensbrück avec ses frères Robert (9 ans et demi), André (3 ans et demi) et sa maman. «  La sirène retentissait à 3 h 30 du matin mais maman nous réveillait une demi-heure plus tôt pour qu’on ait assez d’eau pour se laver. Pour elle, c’était la seule dignité qui nous restait et c’était une forme de résistance. » Effectivement, le matricule, le vêtement de bagnard, le manque de nourriture, la tête rasée, le travail forcé... tout tendait à faire disparaître toute trace d'humanité : "J'ai vu des hommes lapper la nourriture tombée par terre comme des chiens; des femmes arrivaient enceintes et quand elles accouchaient, les SS noyaient leur bébé dans des seaux d’eau et chronométraient le temps qu'ils mettaient pour passer de vie à trépas."

Il y a eu aussi les humiliations : "On nous a obligé à nous mettre nus. C'était difficile. Nous étions pudiques à l'époque. Je n'avais jamais vu ma mère nue. Puis nous passions devant un SS et nous devions écarter les jambes devant lui pour qu'il vérifie que nous ne dissimulions rien. Quelle humiliation !". 

Cela fait plus de 70 ans mais lorsqu'elle en parle, sa voix devient chevronnante. Le souvenir est encore très présent, indélébile. 

 

Direction ensuite Bergen Belsen, un «  camp de mort lente ». «  Un endroit encore plus sinistre, où nous devions enjamber les cadavres, où vivants et morts étaient mélangés, à même le sol. » Lorsque le camp est libéré le 15 avril 1945, frères et sœur repartent seuls en France, leur maman étant atteinte du typhus. Lorsque les enfants la retrouvent, elle ne pèse que 27 kg et ils apprennent le décès de leur père, abattu par les SS à Buchenwald quelques jours avant la libération du camp.

 

Inlassablement, Lili Leignel continue à témoigner "à chaque fois qu'on me le demande. Et vous les jeunes, vous devez être vigilants, tout peut revenir, sous une autre forme bien sûr. Le mal est partout donc il faut être vigilant, courageux aussi, ne pas laisser dire n'importe quoi et il faut être tolérant :  que l'on soit blancs ou noirs, que l'on soit juifs, catholiques ou musulmans, nous sommes avant tout des êtres humains. Nous devons nous supporter avec nos différences. La paix est indispensable, on ne construit rien avec la haine." 

 

Les élèves applaudissent, se lèvent. Le message est passé et prend encore plus d'importance alors que l'on apprend un attentat dans une salle de concert de Manchester. "La paix est indispensable, on ne construit rien avec la haine."